AAIQ   L'Association des Allergologues et Immunologues du Québec

Allergie au cannabis

Le cannabis est une plante de la famille des Cannabaecae, originaire d’Asie centrale et cultivée dans toutes les régions du monde. Le cannabis désigne les préparations dérivées du Cannabis sativa indica (chanvre indien); la marijuana correspond aux fleurs séchées de la plante femelle et renferme jusqu’à 25 % de THC (tétrahydrocannabinol, le produit chimique responsable de la plupart des effets psychoactifs) et le haschich est une préparation de résine de la plante dont le contenu en THC avoisine les 10% à 30%.

Le cannabis est consommé dans un but récréatif depuis plusieurs décennies, et depuis seulement quelques années comme plante médicinale. L’allergie au cannabis a été rapportée depuis plusieurs années, la première description remontant à 1971, et elle augmente en fréquence progressivement. La réaction peut apparaître suite à l’inhalation, l’ingestion, un contact cutané avec la plante de cannabis, ou l’injection intra-veineuse.


Le cannabis en production
Le cannabis en production

Un cofacteur peut favoriser la sévérité d’une réaction allergique suite à l’exposition à un allergène (aliment, médicament, venim d’insecte), et il n’y a pas de raison de croire qu’il en sera différent avec le cannabis : les cofacteurs connus sont l’alcool, la prise d’AINS, l’exercice dans les heures précédant l’exposition, et la période prémenstruelle.

Les réactions surviennent le plus souvent suite à une exposition directe, mais ont aussi été rapportées suite à une exposition passive. Plus de 80% des patients allergiques au cannabis ont une sensibilisation aux pollens, particulièrement au bouleau, et à plusieurs fruits et légumes.

La sensibilisation au cannabis se fait en général suite à un contact direct (en fumant, en manipulant ou en ingérant du cannabis). La sensibilisation passive (en respirant la fumée des autres) a aussi été décrite, dont récemment chez un jeune enfant de 5 ans.

 

Présentation clinique

Une jeune femme se présente pour évaluation d’une réaction anaphylactique survenue le mois dernier. Vers 19h00, elle a une difficulté respiratoire, ça pique partout, et ça passe mal dans sa gorge, elle étouffe; ça apparait en quelques minutes: 911 appelé, l’ambulance arrive et 2 doses d'épinéphrine sont donnés durant le transport; rendue à l'urgence vers 20h00, elle va nettement mieux; elle a été aidée dès la première dose d'épinéphrine; elle est observée pendant 6 heures sans récidive et a son congé.

Depuis environ 18 mois, si elle touchait au cannabis, une urticaire apparaissait aux mains en 2 minutes, et ça partait en 1 heure environ après s’être lavé les mains: elle en fumait avant sans trouble; depuis elle en fume encore sans y toucher directement, et parfois sa lèvre peut enfler si des morceaux non brûlés tombent dans sa bouche. Son ami avait roulé du cannabis entre ses doigts sans en fumer, il a touché et embrassé la patiente quelques minutes avant le début de son anaphylaxie.

Un test cutané en prick avec une feuille de cannabis est revenu très positif à 15 mm.

La patiente ci-haut a présenté de l’urticaire de contact, un syndrome oral et dernièrement, une anaphylaxie. Elle avait aussi des tests positifs au chat, bouleau, herbe à poux et acariens, laissant présager le développement éventuel d’une rhinite allergique à ces allergènes.

 

L’allergie au cannabis est souvent associée à d’autres allergies via des réactions croisées à l’allergène principal, la LTP (lipid transfert protein), qui se retrouve dans plusieurs végétaux comestibles. Il existe aussi d’autres molécules allergéniques dans la plante de cannabis.

Des auteurs européens ont baptisé cette réaction croisée le “syndrome cannabis-fruits et légumes”, qui se traduit concrètement par le fait que des personnes allergiques au cannabis développent par la suite une allergie aux fruits et légumes. La LTP que l’on retrouve dans certains fruits, légumes, plantes et graines, est responsable d’allergies alimentaires souvent sévères. Ce type d’allergie est plus fréquent dans le sud de l’Europe. Cette protéine d’origine végétale est un allergène puissant. Elle résiste à la chaleur et aux enzymes digestives, ce qui explique sa grande toxicité. Les principaux végétaux associés à cette réaction croisée sont : kiwi, banane, pêche, pomme, cerise, arachide, certaines noix, pomme de terre, tomate, et parfois certains agrumes, certaines céréales, certaines boissons alcoolisées (bière et vin) et le latex. On a aussi observé des réactions croisées avec le chanvre (hemp seed) et le tabac.

Tests diagnostiques

On peut effectuer des tests cutanés en prick, effectués avec une partie de la plante (fleur, tige, feuille ou extraits) : cependant ces tests ne sont pas standardisés et on s’expose à de faux positifs et de faux négatifs. Les dosages d’anticorps spécifiques (IgE spécifiques) ne sont pas encore disponibles commercialement. Des tests d’histamino-libération et d’activation des basophiles peuvent être utiles mais ne sont pas encore disponibles commercialement. Avec la légalisation de la marihuana, et est envisageable qu’un test de provocation contrôlé devienne possible.

Traitement

Le traitement préventif, c’est-à-dire ne pas s’exposer au cannabis, permettra d'éviter la sensibilisation.

Une fois devenu allergique, ne pas s’y exposer sous quelque forme que ce soit, et être équipé d’un autoinjecteur d'épinéphrine au cas de réaction systémique lors d’une exposition accidentelle, demeurent les meilleurs traitements. Il faut aussi éviter les aliments auxquels on est devenu allergique via une réaction croisée.

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André Caron, MD FRCPC, allergologue et immunologue

(publié 08/2019)

En détail

 

L’allergie au cannabis peut
se présenter sous la forme:

  1. d’allergie respiratoire
    - rhino-conjonctivite et asthme
  2. d’allergie cutanée
    - urticaire de contact, eczéma
  3. d’allergie alimentaire et digestive
    - syndrome oral, nausées, vomissements, diarrhées
  4. d’urticaire et angioedème
  5. d’anaphylaxie

 

La consommation de cannabis
est-elle sécuritaire? Les faits:

  1. les jeunes de 13 à 17 ans
  2. les jeunes adultes de 18 à 25 ans

L’Association canadienne de santé publique