AAIQ   L'Association des Allergologues et Immunologues du Québec

Urticaire et angioedème

Une personne sur 5 en souffre au cours de sa vie et ce pendant des périodes variables. Parfois, il s’agit d’une réaction allergique véritable provoquée par un aliment, un médicament, une piqûre d'insecte, un produit chimique ou un autre agent sensibilisant comme le latex.

Cependant, le plus souvent, l'urticaire n'est pas de nature allergique. Par conséquent, il ne faudra pas être surpris si l'allergologue ne propose pas de tests cutanés d'allergie.


Définition

L’urticaire est une maladie caractérisée par le développement de plaques ortiées, d’angioedème (l'enflure) ou des deux à la fois. Les plaques ortiées sont des "enflures" prurigineuses (démangeaisons) de diverses grandeurs ; les lésions sont fugaces, durent moins de 24 heures au même endroit, et ne laissent pas de traces. Lorsque l'enflure atteint les tissus plus profonds, on parle d’"angioedème".

Elle doit être différenciée des autres conditions où des plaques ortiées, de l’angioedème ou les deux peuvent survenir comme symptôme d’une autre condition.


urticaire
L'urticaire

Classification des urticaires et angioedèmes

  • Urticaire et angioedème

    • Aigue (qui dure moins de 6 semaines)

      • Allergique (aliment, médicament, insecte, de contact)
      • Infectieuse (virus, bactérie, parasite)
      • Idiopathique (pas de cause identifiée : plusieurs cas seraient d’étiologie virale)

    • Chronique (qui dure plus de 6 semaines)

      • Spontanée : 90%
        • Auto-immune 40%
        • Idiopathique (de cause inconnue) 50%

      • Inductible : 10%
        • Urticaires physiques
          • dermographisme
          • au froid, au chaud
          • au soleil
          • tardif à la pression
          • vibratoire
          • aquagénique
        • Autres types d’urticaire
          • cholinergique
          • déclenchée par l’exercice physique

  • Conditions où on peut noter de l'urticaire

    • Anaphylaxie
    • Mastocytose
    • Maladies inflammatoires systémiques

  • Angioedème médié par la bradykinine (sans urticaire)

Présentation clinique de ces différentes formes d'urticaire

L’urticaire aigue est la forme la plus fréquente d’urticaire. Une allergie alimentaire ou à une piqûre d’insecte, ou une réaction à un AINS (anti-inflammatoire non-stéroïdien) peut donner une forme aigue, durant de quelques heures à une journée, et parfois associée à des symptômes autres que cutanés, telle de la rhinite et/ou de l’asthme, des troubles digestifs (nausées, vomissements, diarrhées, crampes), une chute de pression artérielle ou des convulsions : on parle alors d’anaphylaxie. Quand ça dure plus longtemps, on pense alors à une allergie médicamenteuse ou à une urticaire associée à une virémie. Souvent on ne peut mettre en évidence un déclencheur.

dermographism
Le dermographisme

L’urticaire chronique spontanée est une urticaire qui dure plus de six semaines. L’intensité des lésions, leur fréquence et le degré de prurit est très variable d’un patient à l’autre, et peut fluctuer chez un même patient. Environ 40% des cas sont attribuable à un phénomène auto-immun, et 50% sont inexpliqués à date. L’évolution à long terme est aussi très variable d’un patient à l’autre, pouvant durer de quelques mois à plusieurs années, et être entrecoupée de périodes d’accalmie de durée variable.

L’urticaire inductible (représentant environ 10% des urticaires chroniques spontanées) peut être déclenchée par un phénomène physique, tel une pression locale (dermographisme et urticaire tardif à la pression), le froid, la chaleur, le soleil, la vibration et l’eau. Il existe aussi des formes particulières d’urticaire inductible : l’urticaire cholinergique qui est déclenché par la chaleur, l’émotion, l’exercice, et enfin une forme d’urticaire déclenchée uniquement par l’exercice seul ou associé à un autre facteur contributif (un aliment, un médicament).


Conditions où on peut noter de l'urticaire

L’anaphylaxie, qui est une forme sévère d’hypersensibilité, à laquelle l’urticaire et l’angioedème sont très souvent associés. L'urticaire dans une réaction anaphylactique est aigue, se développant rapidement suivant l'exposition à un déclencheur potentiel.

La mastocytose, qui est une maladie des mastocytes, les cellules responsables de l’urticaire et de l’anaphylaxie.

Les maladies inflammatoires systémiques (auto-immunes telles le lupus, vasculites ou auto-inflammatoires) sont associées à d’autres manifestations comme de l’arthrite, de la photosensibilité, un syndrome de Raynaud, et des atteintes d’organes (rein, foie, poumons…).


Angioedème médiée par la bradykinine (sans urticaire)

angioedema
L'angioedème

Enfin il y a les formes d’angioedème sans urticaire, médiées par la bradykinine et non l’histamine, qui s’installent plus lentement (en quelques heures), qui évoluent sur plusieurs jours, et qui peuvent atteindre le tube digestif; elles ne répondent pas aux traitements habituels des formes d’urticaire médiées par l’histamine, tels les antihistaminiques H1, la cortisone et même l’adrénaline utilisée en cas d’œdème laryngé.

Elles sont souvent secondaires à la prise de certains médicaments, tels les IECA (inhibiteurs de l’enzyme de conversion de l’angiotensine), les BRA (bloqueurs des récepteurs de l’angiotensine), ou l’altéplase (utilisée en thrombolyse).

Moins fréquemment elles sont dues à un déficit d’un facteur du complément, le C1 estérase inhibiteur, déficit qui peut être génétique, ou acquis; il existe aussi de rares cas de formes héréditaires non liées à un déficit en C1 estérase inhibiteur. Toutes ces formes d’angioedème sont aggravées par les oestrogènes (anovulants, hormones de ménopause) qu’il faut alors éviter. Ces formes d’angioedème sont mieux diagnostiquées et gérées par un spécialiste en allergie et immunologie.


Traitement de l'urticaire


Urticaire aigue

Le premier traitement de l’urticaire aigue est d’éviter le déclencheur, quand il s’agit d’urticaire allergique ou inductible. En cas d’angioedème pharyngo laryngé, l’adrénaline (l'épinéphrine) peut être utilisée. Sinon les antihistaminiques H1 de seconde génération (non sédatifs) pris au besoin ou de façon régulière sont la première étape du traitement pharmacologique; si le contrôle n’est pas adéquat, on peut en augmenter la dose jusqu’à 4 fois la dose habituelle. Occasionnellement les corticostéroïdes peuvent être utilisés pour une courte période.

On essaie d’éviter les antihistaminiques H1 de première génération (diphénhydramine, hydroxyzine, chlorphéniramine, péractine) à cause de leurs effets secondaires tels la somnolence (facultés affaiblies), la perturbation de la mémoire, la sécheresse des muqueuses, l’augmentation de l’appétit.

Urticaire chronique spontanée

Ici aussi les antihistaminiques H1 non sédatifs pris au besoin ou de façon régulière sont la première étape du traitement pharmacologique; si le contrôle n’est pas adéquat, on peut en augmenter la dose jusqu’à 4 fois la dose habituelle. La majorité des patients vont répondre à ces traitements de façon favorable.

On essaie le plus possible d‘éviter les corticostéroïdes à cause de leurs nombreux effets secondaires. L’ajout du montélukast peut parfois aider à contrôler une urticaire rebelle aux hautes doses d’antihistaminiques H1.

Si on a peu de succès avec ces traitements, on peut passer à une étape plus spécialisée, avec l’ajout de l’omalizumab (agent biologique), qui est souvent efficace dans les cas d’urticaire rebelle. Enfin si nécessaire on peut y ajouter des immunosuppresseurs, tel la cyclosporine en particulier, ou d’autres.

Urticaire inductible

Il s’agit d’en identifier le déclencheur et de l’éviter; les antihistaminiques H1 peuvent aussi offrir une certaine protection en cas d’exposition au déclencheur.

Autres formes d’urticaire et d’angioedème

Celles-ci doivent être distinguées des formes d’urticaire aigue et chronique spontanée, afin d’être traitées de la bonne façon. Leurs traitements varient selon la maladie en cause.


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André Caron, MD FRCPC, allergologue et immunologue

révisé 1/4/2018
Il s’agit d’une mise à jour de la précédente version écrite par les Dr Guérin Dorval et Dr John Weisnagel (photos urticaire/dermographisme).