AAIQ   L'Association des Allergologues et Immunologues du Québec

Désensibilisation alimentaire: connaissances actuelles et directions futures

Moshe Ben-Shoshana,b, Ann Clarkeb,c and Bruce Mazera

  1. Division d’Allergie et d’Immunologie Clinique Pédiatrique, Départment de Pédiatrie, Centre de Santé Universitaire de McGill, Montréal, Québec, Canada
  2. Division d’ Epidemiologie Clinique, Départment de Médicine, Centre de Santé Universitaire de McGill
  3. Division d’Allergie et d’Immunologie Clinique, Départment de Médicine, Centre de Santé Universitaire de McGill


Les aliments sont rapportés comme la première cause d’anaphylaxie(1) et une étude récente à Montréal suggère qu’environ 85% des cas d’anaphylaxie chez les enfants est engendrée par la nourriture, avec l’arachide et/ou les noix étant les principaux responsables (2). Présentement, le seul traitement de l’allergie alimentaire est le strict évitement de l’aliment, et le principal traitement de la réaction allergique est la prompte administration d’épinéphrine intramusculaire (retrouvée dans l’Epipen® and l’Allerject™) (3).

Alors que l’arachide et les noix sont responsables de la majorité des cas d’anaphylaxie, l’allergie au lait de vache (ALV) est l’allergie la plus fréquente chez l’enfant. L’ALV est associée à des réactions allergiques sévères et fréquentes, et à de potentielles déficiences nutritionnelles. Suite à l’utilisation fréquente du lait de vache dans la diète de l’hémisphère ouest, il est presqu’impossible de l’éviter (4) et par conséquent, de nouvelles stratégies thérapeutiques autre que l’évitement sont à découvrir pour les personnes souffrant d’allergie alimentaire en général et d’ALV en particulier.

L’immunotherapie a été utilisée dans l’allergie aux inhalants, telle la fièvre des foins aux arbres et à l’herbe à poux, depuis plus d’un siècle. L’immunotherapie aux allergènes consiste en injection de dose croissante d’allergène spécifique sur une période prolongée. Cependant, les essais d’immunothérapie par injection aux aliments ont été associées à des réactions adverses sévères (5). En remplacement d’immunothérapie par injection, de récentes études ont procédé par l’administration orale de petites doses, avec des quantités croissantes de l’aliment sur une période de plusieurs semaines afin de permettre aux patients d’arriver à ingérer l’aliment.

L’immunothérapie au lait est principalement indiquée pour l’allergie qui est encore présente après l’âge habituel où elle disparait, c’est-à-dire environ 5 ans dans la plupart des cas. Il n’existe pas actuellement de recommandation officielle décrivant le candidat idéal à une désensibilisation ou la cédule la plus sûre et la plus efficace (6). Plusieurs essais explorant une immunothérapie efficace dans l’allergie alimentaire ont été effectués. Le but ultime de l’immunothérapie de l’allergie alimentaire est la guérison, c’est-à-dire un enfant n’ayant plus aucun symptôme suite à l’ingestion de l’aliment, et ce même suite à une non ingestion prolongée de l’aliment en question. Cependant, il n’est pas clair si les essais d’immunothérapie alimentaire actuels aboutissent à une tolérance, ou si on doit constamment continuer d’ingérer une dose quotidienne de l’aliment en question pour rester protégé (7).

Dans notre récente publication sur l’allergie au lait, 66 patients (62%) dans le groupe traité avec immunothérapie pouvaient tolérer un verre de lait (environ 200 mL), comparé à 7 (8%) du groupe contrôle non traité. En plus, 27 (25%) du groupe traité pouvait boire une plus petite quantité de lait (10 à 184 mL) alors qu’aucun le pouvait dans le groupe contrôle. Aucune étude sur l’immunothérapie au lait évaluait les patients suite une période sans traitement. Les effets secondaires étaient fréquents, bien que la majorité étaient locaux et légers (8). Un seuil de réactivité significativement accru à l’aliment en cause suite à une désensibilisation orale a aussi été décrit pour d’autres aliments, incluant l’oeuf et l’arachide (9) (10) (11).

En 2013, la Division d’Allergie et d’Immunologie Clinique de l’Hôpital de Montréal pour Enfants a initié une étude randomisée controllée pour évaluer la désensibilisation orale au lait de vache comme traitement de l’ALV. L’enfant avec une histoire d’ALV passera un test de provocation en aveugle au lait au début de l’étude pour établir la présence de l’ALV et évaluer leur seuil de réactivité. L’enfant avec une ALV confirmée sera randomisé pour recevoir soit l’immunothérapie orale ou pour participer au groupe contrôle pour la période de l’étude. Cette étude évaluera les paramètres cliniques et immunologiques qui aideront à construire le protocol idéal et à sélectionner les candidats idéaux afin d’appliquer cette stratégie à la population d’enfant et d’adolescents avec une ALV.


Références

  1. Ben Shoshan M, Clarke AE. Anaphylaxis: past, present and future. Allergy 2010.
  2. Ben-Shoshan M, La vieille S, Eisman H, Alizadehfar R, Mill C, Perkins E et al. Anaphylaxis in Children Treated At the Montreal Children's Hospital: Rate, Clinical Characteristics, Triggers and Management. J Allergy Clin.Immunol. 2013. Ref Type: Abstract
  3. Simons FE, Roberts JR, Gu X, Simons KJ. Epinephrine absorption in children with a history of anaphylaxis. J Allergy Clin Immunol 1998; 101(1 Pt 1):33-7.
  4. Fiocchi A, Schunemann HJ, Brozek J, Restani P, Beyer K, Troncone R et al. Diagnosis and Rationale for Action Against Cow's Milk Allergy (DRACMA): a summary report. J Allergy Clin Immunol 2010; 126(6):1119-28.
  5. Oppenheimer JJ, Nelson HS, Bock SA, Christensen F, Leung DY. Treatment of peanut allergy with rush immunotherapy. J Allergy Clin Immunol 1992; 90(2):256-62.
  6. Plaut M, Sawyer RT, Fenton MJ. Summary of the 2008 National Institute of Allergy and Infectious Diseases-US Food and Drug Administration Workshop on Food Allergy Clinical Trial Design. J Allergy Clin Immunol 2009; 124(4):671-8.
  7. Rachid R, Umetsu DT. Immunological mechanisms for desensitization and tolerance in food allergy. Semin Immunopathol 2012; 34(5):689-702.
  8. Yeung JP, Kloda LA, McDevitt J, Ben-Shoshan M, Alizadehfar R. Oral immunotherapy for milk allergy. Cochrane Database Syst Rev 2012; 11:CD009542.
  9. Buchanan AD, Green TD, Jones SM, Scurlock AM, Christie L, Althage KA et al. Egg oral immunotherapy in nonanaphylactic children with egg allergy. J Allergy Clin Immunol 2007; 119(1):199-205.
  10. Jones SM, Pons L, Roberts JL, Scurlock AM, Perry TT, Kulis M et al. Clinical efficacy and immune regulation with peanut oral immunotherapy. J Allergy Clin Immunol 2009; 124(2):292-300, 300.
  11. Burks AW, Jones SM, Wood RA, Fleischer DM, Sicherer SH, Lindblad RW et al. Oral immunotherapy for treatment of egg allergy in children. N Engl J Med 2012; 367(3):233-43.

*A voir aussi, cet article sur l'immunothérapie orale.

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(traduction: André Caron, MD FRCPC)