AAIQ   L'Association des Allergologues et Immunologues du Québec

Peut-on parler d'allergie à l'iode?

Êtes-vous allergique à l’iode?

Tout le monde ingère de l’iode dans sa diète, ne serait-ce que le sel iodé consommé. L’iode est un élément essentiel à la vie, et sert principalement à la fabrication des hormones thyroïdiennes. Un manque d’iode engendre la formation d’un goître et peut entrainer une hypothyroïdie.

Alors pourquoi parle-t-on d’allergie à l’iode? Le plus souvent par ignorance. Particulièrement en radiologie on se fait demander si on est allergique à l’iode ou aux fruits de mer. Qu’en est-il vraiment?

Produits de contraste radiologiques (PCR)

Les PCR sont des molécules contenant plusieurs atomes de carbone, et aussi de l’oxygène, de l’hydrogène, de l’azote, et en général de 3 à parfois 6 atomes d’iode. Le contenu en carbone de ces molécules est beaucoup plus important que le contenu en iode, alors pourquoi ne parle-t-on pas d’allergie au carbone?

Réactions immédiates aux PCR

Les réactions immédiates (anaphylactiques) aux PCR surviennent chez environ 2% des patients recevant un PCR ionique (premières molécules fabriquées), et chez environ 0.5% des patients recevant les molécules non ioniques (de fabrication plus récente). Des réactions anaphylactiques très sévères surviennent chez environ 0.2% des patients recevant un PCR ionique, et chez 0.04% de ceux recevant un PCR non ionique. Les décès dus à ces produits sont de l’ordre de 1 à 2 pour 100,000 procédures, et ce tant avec les produits ioniques que non ioniques.

Les facteurs de risques associés à ces réactions sont : le sexe féminin, l’asthme (surtout si mal contrôlé au moment du test), et une histoire de réaction préalable à un PCR. La prise de médication bêta-bloquante ou la présence de pathologie cardiaque ne sont pas associées à un risque accru de réaction, mais à un risque de réaction plus sévère. Une allergie aux fruits de mer n’est pas associée à un risque accru de réaction aux PCR, et vice-versa.

Le mécanisme de ces réactions est le plus souvent du à un effet direct de la molécule de PCR (et non pas des atomes d’iode) sur les mastocytes  (cellules impliquées dans la réponse allergique) entraînant leur dégranulation (libération de diverses substances dont l’histamine qui cause la réaction allergique) : on parle souvent de pseudo-allergie. Toutefois, en Europe, de récentes études ont démontré qu’un grand nombre de patients ayant présenté de telles réactions avaient des tests cutanés d’allergie positifs au PCR en question, suggérant un réel mécanisme allergique médié par des anticorps allergiques soit les IgE (on dit « IgE-médié ») .

Lorsqu’un patient nécessite l’utilisation d’un PCR et qu’il a déjà présenté une réaction antérieure, l’approche est la suivante :

  1. Vérifier si la radiographie est essentielle
  2. Expliquer les risques au patient
  3. Assurer une hydratation adéquate
  4. Utiliser un PCR non-ionique et iso-osmolaire, particulièrement chez les patients à plus haut risque (asthmatique, patient sous bêta-bloqueur, patient avec pathologie cardiaque)
  5. Utiliser un pré-traitement à base de cortisone et d’anti-histaminique : ce prétraitement est efficace pour prévenir la majorité des réactions, mais il est moins efficace pour prévenir la récidive de réactions très sévères.

Réactions retardées aux PCR

Environ 2% des patients recevant un PCR vont présenter une réaction retardée, survenant de 1 heure à une semaine après avoir reçu le PCR : il s’agit le plus souvent d’une éruption cutanée (médié par des globules blancs : les lymphocytes) d’intensité légère à modérée, et évoluant sur quelques jours.

Fruits de mer

L’allergie aux fruits de mer est aussi un problème relativement fréquent, mais n’est pas associée à une incidence accrue de réactions aux PCR : il s’agit d’une réaction allergique IgE-médiée à une protéine du fruit de mer, et encore une fois l’atome d’iode n’y joue aucun rôle.

Etant donné l’incidence relativement élevée des réactions immédiates aux PCR et de l’allergie aux fruits de mer, il peut arriver qu’un patient présente les deux problèmes à la fois, mais il s’agit alors de deux problèmes différents.

Savons iodés (Proviodine, Betadine)

Les réactions aux savons iodés sont très rares : il s’agit d’une réaction retardée (médiée par les lymphocytes) à la molécule de proviodone, et non pas à l’atome d’iode.

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André Caron, MD FRCPC