AAIQ   L'Association des Allergologues et Immunologues du Québec

L’immunothérapie orale aux aliments

L’immunothérapie orale (ITO) est une forme de désensibilisation destinée à traiter les allergies alimentaires. Elle consiste en une ingestion quotidienne de l’aliment allergénique (mesuré de façon précise) en suivant un calendrier débutant à des doses minimes (en-deçà du seuil de réactivité du patient) et progressant jusqu’à atteindre une portion normale de l’aliment. Une fois ces doses d’entretien atteintes, le patient doit continuer à ingérer l’aliment de façon régulière pour maintenir la protection.

Les 3 bénéfices potentiels de l’immunothérapie orale sont de :

  1. Protéger des réactions lors de contacts accidentels au quotidien
  2. Réintégrer l’aliment dans la diète normale
  3. Résoudre l’allergie de façon définitive (tolérance soutenue)

Les taux de succès pour les 2 premiers objectifs sont approximativement de 80% dans les études et pourraient dépasser les 90% dans les cliniques privées, possiblement en raison de la plus grande flexibilité des protocoles. L’atteinte de ces objectifs s’associe à une amélioration majeure du déficit sur la qualité de vie associée à l’allergie alimentaire, notamment en ce qui a trait à l’impact émotionnel, l’hypervigilance, les limitations sociales, l’anxiété liée à l’alimentation.

La tolérance soutenue (3e objectif) qui se définit par une persistance de la tolérance à l’aliment après un arrêt prolongé des doses d’entretien pourrait survenir après 4 à 5 années de traitement chez près de la moitié des patients traités pour les œufs et les arachides. Ce taux pourrait d’ailleurs être beaucoup plus élevé chez les enfants plus jeunes (12 à 48 mois) allergiques aux arachides.

L’ITO doit être réalisée sous supervision médicale car elle s’associe à certains risques de réaction lors de la prise des doses. Selon les études, entre 50 et 95% des patients vont rapporter des symptômes d’allergie avec la prise des doses d’aliment, qui seront toutefois mineurs (démangeaison orale, inconfort gastrique) et facilement contrôlable avec des antihistaminiques dans plus de 95% des cas. Entre 2 et 5% des patients pourront avoir à s’administrer l’auto-injecteur d’adrénaline dans le contexte de ce traitement, généralement en raison de symptômes d’asthme. Enfin, 2.7 % des patients pourraient développer une inflammation allergique de l’œsophage avec le traitement (œsophagite éosinophilique). Par contre, cette inflammation est transitoire et a disparue avec l’arrêt de la prise de doses dans tous les cas rapportés à ce jour.

Dans un récent sondage aux États-Unis, 13% des allergologues rapportaient pratiquer l’ITO et 40% pouvaient identifier un collègue offrant le service dans leur secteur. Le pourcentage exact d’allergologues pratiquant l’immunothérapie orale au Québec et ailleurs au Canada est inconnue, mais l’offre est pour le moment limitée en raison du manque d’accès aux plateaux hospitaliers et aux ressources humaines requises pour offrir ce traitement de façon sécuritaire et encadrée. Cela dit, il apparait déjà fort probable en raison de son efficacité à induire une désensibilisation que l’ITO trouvera une place dans l’attirail thérapeutique des allergologues au Québec dans un futur relativement rapproché.

Pour les références et une description plus approfondie de la littérature portant sur l’ITO prière de vous référer à une rédaction pour professionnels au OIT 2016.pdf.

On trouvera des informations supplémentaires dans nos articles de recherche.

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Philippe Bégin MD, PhD, FRCPC